Les placements responsables séduisent de plus en plus d’épargnants

En 2025, 42 % des Français jugent les placements responsables intéressants, contre 44 % deux ans plus tôt. Le recul paraît mince, mais il masque des dynamiques plus contrastées : un déficit d’information persistant, un rôle croissant des conseillers financiers et un cadre réglementaire européen en pleine mutation. Que mesurent exactement les enquêtes récentes, et où se situent les vrais écarts entre intention et passage à l’acte ?

Encadrement européen des fonds durables : ce qui change pour l’épargnant français

Au-delà des labels ISR ou Greenfin, c’est le chantier réglementaire européen qui conditionne aujourd’hui la lisibilité des produits durables pour les épargnants.

La Commission européenne a publié le 20 novembre 2025 une proposition visant à remplacer le régime actuel de divulgation SFDR par des catégories de produits plus lisibles. L’objectif est de réduire le greenwashing en imposant une cohérence stricte entre le nom d’un fonds (« ESG », « durable », « vert ») et sa composition réelle.

En parallèle, un nouveau cadre européen encadre les fournisseurs de notations ESG depuis juillet 2025, avec une supervision directe par l’ESMA. Concrètement, les scores ESG utilisés par les assureurs et les banques pour orienter l’épargne de leurs clients reposent désormais sur des méthodologies auditées.

Pour un épargnant qui souscrit une assurance vie multisupport ou un plan d’épargne retraite, ces évolutions modifient la nature même de l’information reçue. Les conseillers financiers sont tenus, sous les directives DDA et MiFID II, de recueillir les préférences en matière de durabilité. L’AMF a analysé la mise en œuvre de ces obligations et relevé des progrès, mais aussi des lacunes dans la qualité du questionnement proposé aux clients.

Un épargnant consulte son portefeuille d'investissement responsable sur une tablette dans sa cuisine

Confiance déclarée et souscription réelle : les chiffres qui comptent

Deux enquêtes récentes permettent de mesurer l’écart entre adhésion de principe et investissement effectif. Leur comparaison met en lumière un paradoxe récurrent.

Indicateur Étude AMF 2025 Étude Toluna Harris / Label ISR 2025
Intérêt ou confiance déclarés 42 % jugent ces placements intéressants 63 % déclarent faire confiance à l’épargne responsable
Compréhension des produits Compréhension jugée limitée 19 % affirment en saisir tous les contours
Sentiment d’information Non détaillé 73 % s’estiment mal informés
Profil le plus convaincu Les plus jeunes Les plus jeunes, avec un écart générationnel marqué
Rôle du conseiller Source d’information préférée, en progression Non détaillé

L’écart entre les deux études tient en partie à la formulation des questions (« intéressant » vs « confiance »). En revanche, le constat converge sur un point : la méconnaissance reste le premier frein à la souscription. Chez les femmes, ce sentiment d’être mal informé atteint 77 %, et 81 % chez les plus de 50 ans selon l’étude Toluna Harris Interactive.

Profils les plus exposés au déficit d’information

  • Les foyers modestes : 75 % se disent mal informés, alors que des produits comme le livret de développement durable et solidaire (LDDS) leur sont directement accessibles
  • Les épargnants de plus de 50 ans : 81 % estiment manquer d’information, bien qu’ils détiennent les portefeuilles les plus importants en assurance vie et SCPI
  • Les femmes : 77 % se déclarent insuffisamment informées, un écart significatif par rapport à la moyenne

Rendement et risque des placements responsables : ce que disent les données disponibles

La question du rendement revient systématiquement dans les enquêtes. L’étude du label ISR confirme que sécurité et rentabilité restent les deux critères dominants pour les épargnants français, devant l’impact environnemental ou social.

Les produits labellisés ISR couvrent des classes d’actifs très différentes : fonds actions, fonds obligataires, SCPI, unités de compte en assurance vie. Comparer leur rendement à un placement « classique » sans préciser la catégorie n’a pas de sens. Un fonds actions ISR ne se mesure pas au taux du livret A.

L’enjeu n’est pas un sacrifice de rendement mais un tri plus exigeant dans la sélection des sous-jacents. Le renforcement des règles de nommage par l’ESMA pousse d’ailleurs les gestionnaires à exclure certains actifs de leurs fonds, ce qui peut modifier le profil de risque sans nécessairement dégrader la performance à long terme.

Un couple d'épargnants discute de placements éthiques et durables avec un conseiller bancaire lors d'un rendez-vous

Conseiller financier et placements responsables : un rôle devenu structurant

L’étude AMF de 2025 note une progression du rôle accordé aux conseillers financiers en deux ans. Ce constat change la donne pour la distribution de l’épargne responsable en France.

Les conseillers constituent désormais la source d’information préférée des épargnants sur ces produits. La réglementation européenne (DDA, MiFID II) leur impose de poser des questions sur les préférences de durabilité lors de tout conseil en investissement ou en assurance vie.

Limites concrètes du dispositif actuel

Le rapport de l’AMF sur la mise en œuvre de ces obligations relève que la qualité du questionnement varie fortement d’un réseau à l’autre. Un épargnant peut se voir proposer une case à cocher sans explication, ou bénéficier d’un échange approfondi sur les critères ESG. Cette disparité explique en partie pourquoi l’intention de souscrire ne se traduit pas toujours en acte.

Le label ISR, réformé pour durcir ses exclusions sectorielles, joue un rôle de repère. Selon l’étude Toluna Harris Interactive, il rassure et convainc une partie des épargnants hésitants. La coexistence de plusieurs labels (ISR, Greenfin) et de la taxonomie verte européenne complique la lecture pour ceux qui ne bénéficient pas d’un accompagnement individualisé.

Le cadre réglementaire se resserre, les enquêtes montrent un intérêt stable mais une information encore insuffisante, et les conseillers gagnent en influence. La donnée la plus révélatrice reste ce taux de 73 % d’épargnants qui s’estiment mal informés. Réduire ce déficit d’information suppose à la fois des outils réglementaires plus clairs et un accompagnement de terrain plus homogène d’un réseau bancaire à l’autre.

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