La location meublée attire davantage de propriétaires urbains

Un propriétaire qui achète un studio dans une grande ville française se pose vite la question : faut-il le louer vide ou meublé ? Depuis quelques années, la location meublée gagne du terrain dans les centres urbains. Les raisons tiennent autant à la fiscalité qu’aux nouvelles règles votées en 2024 et 2025, qui redistribuent les cartes entre courte et longue durée.

Réforme de la plus-value LMNP : le calcul qui change tout à la revente

La plupart des propriétaires choisissent le statut LMNP pour son avantage fiscal annuel. Au régime réel, on déduit l’amortissement du mobilier et de l’immobilier des revenus locatifs, ce qui réduit fortement l’impôt chaque année. Peu de bailleurs regardaient ce qui se passait au moment de la revente.

C’est précisément ce point que la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 a modifié. Depuis le 15 février 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la cession du bien. Le prix d’acquisition est minoré du montant total des amortissements pratiqués, ce qui augmente mécaniquement la plus-value imposable.

Pourquoi ce changement compte-t-il autant pour un propriétaire urbain ? Parce que les biens situés en ville prennent souvent de la valeur. Un appartement amorti pendant dix ans, puis revendu avec une belle plus-value, génère désormais une facture fiscale bien plus lourde qu’avant. L’arbitrage entre conserver le bien en location meublée longue durée et le revendre à terme doit être recalculé.

Propriétaire remettant les clés d'un studio meublé à un jeune couple en ville

Loi Le Meur et meublé de tourisme : pourquoi la longue durée urbaine en profite

La loi Le Meur (n° 2024-1039 du 19 novembre 2024) visait les locations saisonnières de type Airbnb. Son effet indirect a renforcé l’attrait de la location meublée classique en ville.

Pour les meublés de tourisme non classés, le régime micro-BIC a été durci : l’abattement forfaitaire est passé de 50 % à 30 %, avec un plafond de recettes abaissé à 15 000 euros. Un propriétaire qui louait un appartement en courte durée avec un abattement confortable se retrouve avec une base imposable nettement plus élevée.

En parallèle, la location meublée classique (bail d’un an ou bail mobilité) conserve ses conditions fiscales habituelles. Le résultat est simple : la rentabilité nette de la courte durée a baissé, celle de la longue durée reste stable. Beaucoup de propriétaires urbains basculent donc vers un bail meublé traditionnel, moins contraignant en gestion quotidienne et désormais plus compétitif fiscalement.

Régime micro-BIC ou réel : choisir selon son profil de bailleur urbain

Vous hésitez entre le régime micro-BIC et le régime réel pour déclarer vos revenus locatifs en BIC ? Le choix dépend de votre situation concrète.

Micro-BIC : la simplicité avant tout

Le micro-BIC applique un abattement forfaitaire sur les recettes. Pas besoin de comptabilité détaillée. Ce régime convient quand le logement est déjà payé, sans emprunt ni gros travaux à déduire. La gestion est minimale.

Régime réel : rentable quand on a des charges

Le régime réel permet de déduire les charges réelles : intérêts d’emprunt, travaux, frais de gestion, assurance, amortissement du mobilier et du bien. Pour un propriétaire qui finance son appartement à crédit, le régime réel réduit souvent l’imposition à zéro pendant plusieurs années.

Attention à un point technique : depuis la réforme de février 2025, ces amortissements déduits au réel viendront alourdir la plus-value à la revente. Le gain annuel doit donc être mis en regard du coût futur à la cession.

Voici les critères pour trancher :

  • Si vos charges annuelles (intérêts, travaux, assurance) dépassent l’abattement forfaitaire du micro-BIC, le régime réel est plus avantageux à court terme
  • Si vous prévoyez de revendre dans moins de dix ans, la réintégration des amortissements peut annuler une partie du bénéfice fiscal accumulé au réel
  • Si le logement est détenu depuis longtemps sans emprunt, le micro-BIC offre un bon compromis entre simplicité et fiscalité raisonnable

Bail meublé en zone tendue : ce que le propriétaire doit vérifier

Louer meublé en ville ne se résume pas à poser un canapé et une table dans un studio. Le décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015 fixe une liste précise d’éléments obligatoires. Un logement qui ne respecte pas cette liste peut être requalifié en location nue par un juge, avec des conséquences sur le bail et la fiscalité.

Le bail meublé classique dure un an minimum (neuf mois pour un étudiant). Le dépôt de garantie peut atteindre deux mois de loyer, contre un seul en location vide. Le préavis du locataire est d’un mois, ce qui accélère la rotation.

En zone tendue, l’encadrement des loyers s’applique aussi aux meublés. Un complément de loyer peut être demandé si le logement présente des caractéristiques de confort exceptionnelles, mais ce complément doit être justifié. Les propriétaires qui fixent un loyer trop élevé s’exposent à un recours du locataire devant la commission de conciliation.

  • Vérifiez que chaque élément de la liste réglementaire est présent et en bon état (literie, plaques de cuisson, réfrigérateur, luminaires, entre autres)
  • Rédigez un inventaire détaillé du mobilier annexé au bail, distinct de l’état des lieux
  • Souscrivez une assurance propriétaire non occupant adaptée au meublé, qui couvre la détérioration du mobilier

Intérieur d'un appartement meublé moderne prêt à la location avec annonce sur la table

La location meublée reste un levier de rentabilité locative solide pour les propriétaires urbains, à condition d’intégrer les réformes fiscales récentes dans le calcul. La réintégration des amortissements à la revente et le durcissement du régime des meublés touristiques modifient l’équation. Un tableur à jour vaut mieux qu’une estimation de coin de table.

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